Hyper Casher
Hyper Casher : le récit des personnes handicapées d'un institut à proximité

"Les événements se déroulent à 400 mètres à vol d'oiseau de l'institut", explique Mathieu Rollet. Certains résidents travaillent à l'extérieur dans des Etablissements et services d'aide par le travail (ESAT). "On s'est tout de suite demandé comment ils allaient revenir au foyer. Finalement une partie d'entre eux est restée plus longtemps dans les ESAT et d'autres ont été accueillis par leurs familles. Je tiens d'ailleurs à les remercier. Les personnes sont ensuite rentrées petit à petit dans le calme".
La préfecture donne rapidement une première consigne : "les enfants ne doivent pas sortir". Mais quid des adultes ? "Aucune consigne à ce sujet. On temporise, tout le monde reste à l'intérieur. Globalement tout se passe bien au Val Mandé".
A l'extérieur, Mathieu Rollet observe "les rues qui se barricadent, des policiers portant des équipements impressionnants avec gilet pare balle, mitrailleuses d'interventions. Plusieurs personnes qui rentrent des ESAT sont en pleurs, impressionnées par le dispositif".
A l'intérieur, les résidents sont au courant de la situation, "les télés allumées dans les espaces communs diffusent les images. Le travail des équipes est alors de temporiser et d'apaiser. Certains ont peur mais cette peur est rapidement jugulée par le travail des professionnels. Ils ont peur d'être blessés, comme tout autre citoyen".
"On annule toutes les sorties. Les petites habitudes, comme celle d'acheter un quotidien, font partie de la vie des résidents. Il faut alors mettre des paroles sur ces actes, rassurer".
"J'ai senti une vraie solidarité entre les équipes. La plupart de nos professionnels en congé passent des coups de fil pour se tenir au courant, pour proposer leur aide".
Depuis la rue, on entend les premières explosions au moment de l'assaut. Dans les bâtiments, heureusement, personne ne les perçoit. Les pensionnaires apprennent qu'un moment de recueillement est organisé devant la mairie de Saint Mandé pour les habitants de la ville. "Certains s'y rendent de manière individuelle pour se recueillir".
"Pour nos résidents la grande manifestation de dimanche n'était pas envisageable étant donné le monde et la difficulté d'emprunter les transports en commun".
Lundi soir, les éducateurs et les résidents ont échangé collectivement sur le sujet. "Il faut gérer les discours et travailler avec leur peur. La meilleure chose à faire est d'être rassurant avec eux. Une personne est toujours à leurs côtés pour parler. Les éducateurs sont là pour discuter en tête à tête. Certains ont du mal à s'exprimer collectivement".
Martial Ferre travaille à l'ESAT depuis 25 ans et réside au Val Mandé depuis 20 ans. Voici son ressenti à propos de la prise d'otage : "Comme je suis résident au foyer, ça ne m'a pas trop inquiété mais j'ai eu peur. J'étais à l'ESAT quand on a entendu les coups de feu. On nous a donné la consigne de rester à l'intérieur de l'institution. Je suis donc allé tranquillement dans ma chambre pour suivre les informations. Je regrette de ne pas avoir pu prendre part à la marche de dimanche, comme je ne peux plus me déplacer tout seul. Je n'ai plus peur maintenant, mais il faut faire très attention. Avec tout ce qui se passe, on peut mourrir dans des circonstances violentes !"
Pour Mina Goutt, également résidente, l'attentat de l'Hyper Casher a été profondément marquant : "Ca n'a pas été facile vendredi. J'ai eu un peu peur quand même, et j'étais aussi stressée. Je n'ai pas dormi de la nuit suivante à cause de ce qui s'est passé. Je n'ai pas pu participer à la marche de dimanche car il y'avait trop de monde. Si il y'a une prochaine fois, il faut que l'on soit préparés. Je n'oublierai jamais ce massacre et l'image de ces innocents, qui se trouvaient dans le magasin au mauvais moment."
Les professionnels de l'établissement expliquent que les résidents n'aiment pas les imprévus et les changements. Une simple grève ou des intempéries sont vécues comme des situations de stress et de désordre. Inévitablement, un évènement tel qu'un attentat a un effet décuplé. Ce que semble confirmer Mina : "Avec tous les journalistes autour des lieux, ma collègue et moi avons eu beaucoup de mal à rentrer chez nous. C'est la première fois que je vis quelque chose comme ça."