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Jeudi 02 Novembre 2017

Filmer les personnes avec un polyhandicap

Invité : Marc Dubois

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Marc Dubois raconte son parcours auprès des personnes avec un polyhandicap :

En 2001 j’ai rencontré le centre médico-éducatif Jules Vernes à Amiens. Cette institution est entièrement dédiée aux enfants polyhandicapés. J’y réalise un sujet de 20 minutes pour une présentation aux journées nationales HANDAS - APF (Association des Paralysés de France). C’est une révélation pour moi.

En 2006, je suis retourné au centre pour y tourner un premier documentaire, Les Zazous. Ce film est une immersion de 90 minutes à la rencontre de 5 enfants pas tout à fait ordinaires. Je l’ai achevé en 2011. Durant ce tournage, j’ai revu les enfants que j’avais filmés en 2001. Ils avaient changé, ils avaient grandi. Je ne les reconnaissais pas. C’est à ce moment là que l’idée m’est venue de continuer ma démarche autour de l’existence de ces personnes différentes. Leur adolescence m’est apparue étrange, j’avais envie de comprendre.

Pourquoi est-ce important de faire un film sur eux ?

Dans le monde du handicap, et raison de plus dans notre monde de valides, les individus polyhandicapés n’ont jamais réellement tenu une place à part entière. Ils demeurent invisibles parce que «trop handicapés», et pourtant, ils sont là, autour de nous, accompagnés de leur famille, de leur entourage proche. Exclus parmi les exclus, il est essentiel de se demander ce qu’ils vont devenir à l’heure où nos sociétés se crispent.

Pourquoi l’adolescence ?

L’adolescence est une spécificité humaine qui, bien entendu, est considérée de différentes manières en fonction des civilisations et des époques. Personne n’échappe aux bouleversements de l’adolescence : transformations du corps, éveil des désirs, redéfinition d’une place au sein de la famille, de la société. Alors, que signifie ce passage à l’âge adulte pour ces personnes en très grande dépendance ? L’adolescence chez la personne polyhandicapée est en quelque sorte l’éruption d’une forme de normalité qui finalement l’arrache à son statut d’«éternelle enfant» : puberté, séparation, conflit. Quoi de plus banal ?

Regarder ces jeunes sous le prisme de l’adolescence c’est une manière de les appréhender sous un angle universel.

Car, si le handicap est un costume que l’on ne peut ôter, il n’est pas une personnalité. Derrière ces corps maladroits, cette absence de mots, il y a des vies silencieuses qui s’expriment et nous parlent à leur manière.

 

"Des Ados pas comme il faut", parce qu’un ado, c’est jamais comme il faut, est un film qui sublime l’altérité maximale.

Avec un dispositif qui oscille entre «vie réelle» et «interventions extérieures théoriques et philosophiques», ce film tente d’aider le spectateur à dépasser «l’effrayante différence» en délaissant toute forme d’apitoiement, et à surmonter cette première et naturelle impression de gêne et de peur. Accompagné par les réseaux nationaux du GPF Groupe Polyhandicap France et de l’APF Association des Paralysés de France, dans lesquels s’inscrivent les institutions médico-éducatives, les centres de formations d’éducateurs spécialisés et d’Aides Médico-Psychologiques, ce film est susceptible de trouver un public à la fois sensibilisé et attentif à l’existence des personnes polyhandicapées. Documentaire humaniste réalisé avec une esthétique poétique, ce film vise à faire reculer les stéréotypes que nous avons tous par ignorance, sur la différence, et à faire émerger l’inconnu au cœur de ce que l’on croyait tous connaître.

 

Comment aborder ce sujet «anxiogène» ?

 

Nous avons mis 4 ans à  réaliser ce film. Durant cette période je me suis posé la question fondamentale de savoir ce que, au fond, je faisais à leur côté ? Qu’est-ce que ces jeunes m’apportaient vraiment ? Et cela m’a amené à penser le film autour de ce qui nous rapprochait d’eux et non sur ce qui nous en éloignait. Je suis convaincu qu’ils nous aident, pour peu que l’on s’en donne la peine, à réfléchir sur notre profonde humanité. Prendre le temps de penser et de questionner ce que nous sommes réellement. Parce qu’ils sont aux limites, à l’extrême, ils nous renvoient à nous-mêmes. Oui, ils sont différents, «nos semblables différents», et considérer les personnes polyhandicapées comme nos semblables ne nous autorise pas à les considérer comme «normaux».

LISTE TECHNIQUE

Des ados pas comme il faut

Réalisation, image, son Marc Dubois

Montage Gautier Larnicol

produit par OFFSHORE

Voix off Bernard Campan

avec le soutien de Région Picardie - CNC

Durée : 68 minutes

 

 

 

 

Polyhandicap Marc Dubois

Marc Dubois filme les adolescents polyhandicapés avec sensibilité.

 

Marc Dubois filme la place de chacun dans ce documentaire. Celle des persooones elles-mêmes, mais aussi des professionnels et des familles. Ainsi ce moment émouvant omù la maman de Kevin lui chante la chanson de Christophe Maé "il est où le bonheur. Voir un extrait du film "Des ados pas comme il faut".

Avant de faire ce film, sur les adolescents, Marc Dubois a filmé les enfants d'un établissement d'Amiens, le filme s'appellait "Les zazous". Voir le Teaser du film "Les zazous"

Voir le premier film de Marc Dubois : "Les enfants du centre Jules Verne" de 2001

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