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Vendredi 02 Septembre 2016 - 11h55

Favelas

Inclusion scolaire au Brésil : le défi des écoles des favelas

A coté d’une favela de Sao Paulo, Vivre FM a visité une école qui accueille un millier d'élèves. Plus de la moitié sont de milieux très défavorisés, d’autres sont des immigrés, d’autres encore ont un handicap. L’inclusion de chacun s’appuie sur la culture, le sport et les médias. Mais la favela doit aussi son calme à la main mise d'un gang.

Inclure tous les enfants, c'est de défi que relève quotidiennement cette école de Sao Paulo
Inclure tous les enfants, c'est de défi que relève quotidiennement cette école de Sao Paulo

 

 

 

 

 

 

N.* a 9 ans. Il fait partie des élèves qu’on appelle ici « en situation d’inclusion ». Présentant un handicap moteur et intellectuel, N. ne parle pas du tout. Il est intégré dans les classes ordinaires avec des enfants plus jeunes que lui. Son handicap ne lui permet pas de suivre les mêmes activités que ceux de son âge. Mais il « se socialise » explique une enseignante. N. est accompagné par une auxiliaire de vie scolaire (assistente de vida escolar) qui lui donne les repas, s’occupe de son hygiène et le soutien dans sa locomotion. « Je ne l’aide pas dans les apprentissages » explique Adriana. Pour cela, N. va une demi-heure par jour dans une classe spéciale où une enseignante lui fait travailler les apprentissages élémentaires. Une fois par semaine, il a droit à une séance d’orthophonie à l’hôpital de Sao Paulo. C’est tout. « Il aurait besoin d’un psychopédagogue et de davantage de suivi » regrette son institutrice. Mais la situation de N. est rendue encore plus complexe par sa situation familiale. Son père est en prison pour trafic de drogue.

Car le handicap de N., pour sévère qu’il soit, faire figure de goutte d’eau dans l’océan des problèmes des enfants du quartier.

 

E., élève "en situation d'inclusion" dans l'école Antonio Duarte de Almeida de Sao Paulo

 

L’école municipale Antonio Duarte de Almeida située dans le quartier de Itaquera, (est de Sao Paulo) est en bordure d’une grande favela. Quand nous faisons le tour du quartier à pied avec l’équipe de l’école, une enseignante nous indique qu’il ne faut pas rester trop longtemps au même endroit. « Nous gênons les trafics en restant là » dit-t-elle, en regardant aux alentours. Car le quartier est miné par le trafic de drogue. « Les enfants, dès l’âge de six ans sont attirés par les revendeurs qui les utilisent » raconte le directeur Jose Silveira. Ce sociologue de formation a fait de la question sociale le cœur du projet de l’école. L’équipe est en lien étroit avec les assistantes sociales de la ville, mais aussi avec des médecins, qui viennent à l’école. L'école leur offre le petit déjeuner, le déjeuner et même le diner pour certains d'entre eux.

 

Pour les enfants les plus pauvres, l'école procure trois repas par jour.

 

La prévention est le maitre mot de l’action de l’équipe. En outre, une démarche fortement revendiquée de démocratie participative a été instaurée pour veiller à ce que chacun se sente impliqué dans le projet collectif. Dans cette école, où les portes sont continuellement grandes ouvertes, c’est un « conseil de l’école » prend les grandes décisions. Les enfants, les parents, les professeurs, les personnel et la direction compose cette instance qui choisit les projets, les investissements.

 

Parmi ces projets, les élèves travaillent en particulier avec les médias. Un mini studio radio a été construit au cœur de l’école. Chaque semaine les élèves écrivent des textes sur des sujets qui les intéressent, les enregistrent, créent une programmation musicale et diffusent leurs émissions pendant les récréations ou la pause de midi. Les enfants interviewent les professeurs, des artistes du quartier, les voisins de l’école,…

 

La radio de l'école est au coeur du projet pédagogique. 

Elle permet aux enfants de travailler leur expression, de se sentir citoyens et de mener des projets colectifs valorisants.

 

 

 

Les élèves tiennent un blog pour lequel ils font des photos et des prises de vue.

La visite d'un journaliste français ne passe passe inaperçue.

 

Le jour de notre visite, une classe était en plein visionnage d’un film sur le sport paralympique Baptisé « Paratodos » (Pour tous), qui présente les athlètes de l’équipe brésilienne. Tourné à Lyon en 2013, il est distribué dans toutes les écoles du Brésil pour amorcer le dialogue et la sensibilisation des enfants au handicap et au sport.

 

 

La pratique du sport par tous els élèves est au coeur du projet de l'école

 

Au cours de la promenade dans le quartier tous ces thèmes sont évoqués avec le directeur qui explique le sens de son engagement : « Nous avons de bons résultats sur la prévention de l’illettrisme et de la délinquance. » Mais Jose Silveira précise : « nous travaillons pour défendre les droits de ces enfants. » Les jeunes du quartier le connaissent tous, ce sont ses anciens élèves.

 

La moitié des élèves de l'école viennent de familles très défavorisées.

 

Les jeunes du quartier sont tous des anciens de l'école Antonio Duarte de Almeida

 

 

"Respeito" (respect) a été peint par les élèves sur les murs du jardin de l'école.

Il est ouvert au quartier et les habitants peuvent bénéficier des équipements.

 

Mais alors que nous terminons le tour du quartier et que nous revenons à l’école, une grosse voiture s’arrête à notre hauteur devant l’entrée principale. Deux hommes en descendent. Le conducteur est un homme d’au moins 1,90 mètre. Crane rasé, il porte un T-Shirt de basket, et sa forte corpulence en impose. « C’est le patron du quartier » nous dit à l’oreille un professeur. Le « patron » salue tout le monde, serre dans ses bras le directeur à la façon brésilienne et s’enquière de savoir pourquoi cette petite troupe circule dans le quartier. Cinq minutes à scruter les visages inconnus et « AJ » remonte dans sa voiture et prend le chemin de la favela. « Il nous protège » explique le directeur. La paix sociale dans la favela repose aussi sur l’autorité des gangs. Triste réalité.

Vincent Lochmann à Rio

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