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Mercredi 15 Juin 2016 - 17h31

Philosophie

BAC de philo : VIVRE FM vous rend sa copie

La liberté, la science, l’art, les sujets de philo 2016 sont tombés. L’équipe de VIVRE FM les a passés au filtre du handicap à commencer par le sujet du Bac ES qui semble directement concerner les personnes à mobilité réduite : « Être libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ? ». Donnez vos commentaires en bas.

Les épreuves du baccalauréat ont débuté le 15 juin
Les épreuves du baccalauréat ont débuté le 15 juin

Handicap et liberté


A la question «Etre libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?», les bacheliers en fauteuil roulant apporteront surement une réponse différente de celle de leurs camarades. Ceux-ci vous répondront sans doute qu’être libre c’est pouvoir faire tout ce que l’on veut. Mais est-ce aussi simple ? L’homme pense que sa liberté revient à ne connaître aucune limitation. Manque de chance, il découvre qu’il est limité par bien des aspects et pense que la liberté lui est inaccessible. Et parfois, il se rend compte que si les cartes ont été distribuées sans qu’il ait son mot à dire, il est tout de même libre de les utiliser comme il le souhaite. La liberté c’est donc faire avec les obstacles. Cela semble familier aux lecteurs en situation de handicap. A Vivre FM nous rencontrons tous les jours des gens incroyables, qui, malgré les obstacles que la vie a mis sur leur chemin, ont décidé de réaliser leurs rêves. Pensez seulement à tous les sportifs handicapés de haut niveau à qui l’on avait dit qu’ils ne pourraient jamais faire de sport. Lorsque Philippe Croizon traverse la Manche sans bras et sans jambes, il est sans doute bien plus libre que des hommes en parfaite santé qui justement parce qu’ils sont valides, ne travaillent pas leur liberté. La liberté est sans doute d’autant plus grande du fait des obstacles : plus ils sont grands, plus on a soif de les dépasser, plus on apprend à redistribuer le jeu que la nature nous a alloué pour mener notre vie comme nous l’entendons. Le sujet de philosophie au Bac peut conforter les militants de l'accessibilité: leur combat est celui de la liberté.

 

Un des freins à l’accès à cette liberté est souvent notre désir. Les élèves de la filières scientifiques ont planché sur la question « Le désir nous éloigne-t-il du vrai ? » Une personne handicapée de naissance ou de par un accident peut croire désirer être autrement, faire partie des « valides », des « normaux ». Or, le désir est-il bénéfique, lorsqu’il n’est pas réalisable ? Ici, le désir nous éloigne du vrai : je veux avoir deux yeux alors que je n’en ai qu’un. Peut-être qu’un jour la science m’offrira cette possibilité, mais pour l’instant ce n’est pas le cas. En ce sens, le désir nous éloigne souvent du vrai en tant que ce qui est possible pour nous. Souvent, on confond le « vrai » avec les messages véhiculés par la société, du type « ce sera plus difficile pour toi d’être heureux si tu as un handicap ». Heureusement pour nous, des personnes en situation de handicap ont depuis longtemps compris qu’ils peuvent créer leur propre vérité. Leur désir bien compris leur donne accès à leur propre « vrai ». La volonté de dépasser la particularité de leur situation propre à certaines personnes handicapées représente leur vérité.

 

Handicap, sciences et technique


La question des filières technologiques : « Toutes les croyances se valent-elles ? » peut faire référence à la différence entre la croyance religieuse et celle misant au contraire sur le progrès scientifique. Cette croyance religieuse, transcendante, laisse présager un certain sentiment de fatalité face au handicap. Une fatalité qui présente le handicap comme étant figé, avec comme idée « je suis handicapé(e) parce qu’un être transcendant le désire, je ne peux rien y faire ». Une croyance radicalement opposée est donc celle du progrès scientifique selon laquelle la médecine ou la technique permettent une amélioration de la condition des personnes handicapées (invention des fauteuils roulants…).

 

Est-ce que ces croyances peuvent cohabiter ? Est-il possible de croire à la fois au progrès scientifique et à la fatalité transcendante ? Ces croyances sont souvent perçues comme rivales. Le handicap en est un bon exemple : « Puis-je me faire soigner ? Ai-je envie de me faire soigner ? »

 

En faisant le choix de la seconde, de la science, du progrès, on peut facilement se tourner vers la question de la filière scientifique « La technique ne sert-elle qu’à nous rendre maîtres de la nature ? ». Cette question est facilement transposable au domaine du handicap . Lorsque le tétraplégique se déplace en fauteuil roulant, la technique ne prend-elle pas le dessus sur la nature ? On peut aller jusqu’à se demander si la question est véritablement de se rendre maître de la nature ou maître de soi-même.

 

Handicap et société civile


"La politique est-elle l’affaire de tous ?" demande le sujet du Bac L  

 

Si la politique n’a pas toujours été l’affaire de tous, de nombreuses personnes, souvent repoussées aux marges de la société, ont réclamé qu’elle le soit. C’est le cas de la communauté sourde qui a utilisé le slogan "Nothing about us without us" ( rien sur nous sans nous ) pour rappeler aux politiques que pour que les décisions prises en matière d’intégration des personnes sourdes soient justes, il fallait que lesdites personnes puissent y participer. La participation politique de la société dans son entier est un idéal souvent présenté aux élèves de terminale et dont le représentant ultime serait la démocratie athénienne. Il n’est pas faute de rappeler régulièrement que cette démocratie n’intégrait réellement que le petit nombre des citoyens athéniens et excluaient les femmes, les esclaves, les étrangers. A l’heure actuelle, en tout cas en Europe occidentale, chaque citoyen est censé avoir voix au chapitre des décisions politiques le concernant. Les personnes en situation de handicaps ne le savent que trop…

 

"L’histoire peut-elle éclairer l’avenir ?" sujet ES

L’histoire c’est notre passé mais c’est surtout la science que l’on en tire. D’où vient ce besoin de l’homme de se raconter à lui-même ? Il cherche à comprendre son passé, son histoire, sur le mode « dis moi d’où tu viens je te dirai qui tu es ». Et puis l’histoire n’est pas sans heurts alors recollecter les faits, revenir sur ce qui a été, c’est aussi une façon de ne pas reproduire les mêmes erreurs. C’est valable pour l’histoire de la prise en compte des personnes en situation de handicap dans nos sociétés. Les exemples de leur intégration alimentent la machine des politiques publiques et font avancer leur cause, tandis que les moments plus sombres de notre histoire (par exemple le traitement réservé aux personnes handicapées pendant la Seconde Guerre mondiale) nous aident à nous rappeler les errances dans lesquelles nous avons pu tomber, les dénis des droits humains et les conséquences néfastes qu’ils avaient sur une société tout entière. Le travail de mémoire peut ainsi éclairer le présent et l’avenir.

 

Handicap, réel et perceptions


"Le réel se réduit-il à ce que l’on perçoit ?" sujet Bac L

 

Le réel n’est pour l’être humain que ce qu’il peut percevoir, mais aucun humain ne perçoit la même chose qu’un autre. Nous percevons avec nos différents sens, mais ils ne fonctionnent pas tous de la même façon. Les personnes handicapées se servent d’autres sens que la majorité des gens. Une personne aveugle par exemple ne perçoit pas le monde par ses yeux, mais elle en a une autre perception grâce à l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat. Ces sens compensent celui qui ne fonctionne pas, ils sont souvent surdéveloppés, ce qui donne une autre perception du « réel ».

 

Nous ne percevons le réel qu’à travers nos sens, mais d’autres animaux ont d’autres sens et perçoivent une autre réalité, par exemple avec les ultrasons ou la vision de nuit. Nous ne pouvons donc pas dire que ce que nous percevons est la réalité. C’est une réalité que nous nous construisons et que nous considérons comme LA réalité parce qu’elle est notre expérience quotidienne. Cela nous est apparu flagrant à certains moments, lorsque l’on confronte nos points de vue. Les réseaux sociaux avaient été vecteurs de ces différences de vision avec l’épisode de la robe que certains voient bleue et noire, et d’autre blanche et or. On voit ici que la façon dont on perçoit un élément dépend du contexte autour puisque c’est la perception de la lumière qui faisait apparaître la robe de couleurs différentes. Une même personne pouvait également voir la robe différemment selon l’écran ou l’environnement dans lequel elle se trouvait à un instant T. Si nous ne percevons pas les mêmes choses, c’est qu’il n’y a pas UN réel, et donc on peut dire que chacun a accès à une partie du réel, ou à son réel. Une personne handicapée n’est donc pas plus privée du réel qu’une personne non-handicapée.

 

Les filières technologiques ont dû se creuser les méninges pour répondre à la question « Pouvons-nous nous passer de l’art ? » L’art pour l’art, c’est beau mais on ne sait pas toujours bien à quoi ça sert. Si les hommes ont toujours fait de l’art, de la grotte de Lascaux aux œuvres d’art contemporain du Grand Palais qui nous laissent parfois perplexes, c’est sans doute qu’ils ne pouvaient pas faire autrement. C’est la même chose pour les personnes en situation de handicap. L’art peut être un moyen d’acquérir une certaine reconnaissance, une place dans la société : je suis handicapé mais j’ai une légitimité à produire de l’art, à donner mon point de vue, à montrer au monde la spécificité de mes perceptions, à ouvrir l‘autre à la différence… A travers l’art, l’être humain se raconte, et en ce sens il ne peut pas s’en passer car cela lui permet de donner du sens à sa vie, à son monde. A travers l’art, il crée aussi du lien avec le reste de l’humanité, il ouvre un dialogue, des perspectives. Avoir un handicap amène beaucoup d’interrogations sur sa propre identité et sur la légitimité que l’on a à participer à la vie sociale : l’art comme moyen de créer une communauté d’esprits, de sensibilité reste peut-être l’un des moyens les plus universels de répondre à ces questions. 

Mathilde Ledieu, Marion Guichaoua et Camille Camdessus

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